Lire, écouter, voir

Bonjour,

je voulais initialement consacrer un billet à trois grands disparus qui, dans des genres différents, m’ont été chers et dont la mort m’affecte : Edgar Morin, Marjane Satrapi et David Hockney. Un sociologue français, une bédéaste et cinéaste franco-iranienne, un peintre anglais dont la disparition laisse ce monde un peu plus vide, un peu moins beau. J’ai beaucoup lu Morin à une époque – pas celui de La Méthode, que je n’ai jamais bien compris, plutôt le sociologue de la culture de masse, l’un des premiers, en France, à prendre au sérieux et sans préjugé intellectualiste les industries culturelles et leurs produits. J’avais eu l’occasion, voici quatre ans (déjà?!) de participer au colloque de Cerisy qui célébrait son centenaire, colloque organisé par Pascal Ory et Claude Fischler, dont les actes furent publiés deux ans plus tard chez Hermann sous le joli titre « Les cent premières années ». Morin y avait participé à distance (sa santé, déjà, déclinait) sous la forme d’un dialogue savoureux avec Régis Debray. C’était un sacré bonhomme, à la curiosité et à la culture immenses.

De Marjane Satrapi, je me souviens surtout, comme beaucoup, de son album de bande dessinée « Persepolis », qui contait dans un langage graphique d’une grande beauté, en noir et blanc, son enfance dans le pays des Mollahs, qu’elle avait dû fuir pour vivre libre. L’adaptation au cinéma de cette autobiographie avait été un immense succès public et critique. Depuis, Marjane Satrapi était l’une des voix, l’un des visages de la résistance iranienne en exil. Nul doute que le triste sort de son pays enseveli sous les bombes et supplicié par les milices d’un régime criminel ne l’ait profondément affectée, même s’il semble qu’elle ait surtout succombé à la tristesse d’avoir perdu le compagnon de sa vie.

Enfin, David Hockney. Je me souviens d’une très belle rétrospective au Centre Pompidou (en 2017, je n’ai pas vu celle organisée par la Fondation Vuitton l’année dernière), où le visiteur découvrait que l’artiste n’avait pas seulement peint de jolies piscines sous un ciel californien (ce qu’il avait aussi fait, et très bien, cela dit) mais également des paysages d’une grande, d’une très grande beauté dans lesquels on se promenait comme on aurait randonné, l’oeil ébloui par les couleurs et les formes, dans une nature réinventée, plus parfaite que la vraie, avec une perspective non linéaire qui déroutait le cerveau avant de le charmer. Certes, c’était très figuratif, voire décoratif, à première vue en tout cas, mais la beauté est-elle si répandue dans le monde que nous puissions la dédaigner quand elle nous est ainsi offerte? David Hockney, devenu presque sourd à l’âge de 40 ans, associait spontanément les couleurs à la musique. Cette forme de synesthésie faisait de lui un musicien du paysage. Quand je serai devenu vraiment vieux, j’aimerais m’habiller comme lui.

A propos du Centre Pompidou, on m’informe de la parution, cette semaine, d’un article que j’avais donné à la Vie des idées sur cette institution et son rôle dans l’histoire de la politique culturelle française. On peut trouver l’article à cette adresse : https://laviedesidees.fr/Le-Centre-Pompidou-modele-de-la-politique-culturelle-francaise

Comme cette version a été raccourcie par rapport à celle que j’avais envoyée pour publication, je saisis l’occasion de publier cette dernière sur ce blog :

Autre publication récente à signaler, le dernier numéro de la revue Sociétés et Représentations, consacrée – on reste dans le même domaine – aux « Pratiques et figurations dans les arts visuels contemporains (XXe-XXIe siècles) », un dossier coordonné par Louis Boulet et Margot Renard. Vous trouverez ce numéro 61 dans toutes les bonnes librairies et en ligne.

Deux annonces pour finir ce billet. Demain après-midi (lundi 15 juin, à partir de 14h) aura lieu une rencontre organisée au Sénat à l’initiative de la commission culture du groupe écologiste sur le thème : « La France est-elle toujours un pays de Libertés ? » Deux tables rondes rassembleront des spécialistes de la liberté d’expression, de création, d’association, de programmation… qui débattront d’une question qui agite pas mal d’esprits dans notre pays et ailleurs en ce moment. J’y présenterai, comme il se doit, le point de vue d’un historien qui travaille depuis longtemps sur ces sujets, sans pour autant avoir des idées très tranchées en la matière. Si cela vous intéresse, il sera possible de suivre les débats en direct sur cette chaîne Youtube : https://www.youtube.com/@annesouyris2498

Quelques jours plus tard aura lieu une autre rencontre, cette fois dans le cadre bucolique de la campagne normande, au centre culturel international de Cerisy-la-Salle, qui accueillera du 18 au 24 juin un colloque consacré aux transformations de la politique culturelle, sous la direction de Jean-Paul Ollivier. Je participerai à une table ronde le 19 au soir intitulée assez vastement « Traversées de la littérature et des arts : penser-créer, accueillir-transmettre, vivre et projeter l’à venir à Cerisy ». Il s’y dira certainement des choses intéressantes… J’aurai en tout cas plaisir à retrouver Cerisy, où je n’étais pas retourné depuis le colloque Morin auquel je faisais allusion au début de ce billet. Le programme complet de la semaine est à retrouver à cette adresse : https://cerisy-colloques.fr/politiquesculturelles2026/

LM