Cultures en Europe (et ailleurs)

Bonjour,

il n’est plus temps de vous souhaiter une bonne année, celle-ci étant entamée depuis un bon mois, mais comme personne n’ira me le reprocher, je vous souhaite quand même 11 mois formidables!

Happy New Year 2019 in different languages illustration

Un mois que je cherche en vain un moment de tranquillité pour pouvoir rédiger un nouveau post. Et voici qu’une occasion se présente, je la saisis!

Avant toute chose, je vous rappelle que la prochaine séance du séminaire sur la diversité culturelle dans les capitales européennes a lieu… demain, jeudi 7 février, de nouveau au Musée national de l’histoire de l’immigration, de 14 à 16h. La séance portera sur le patrimoine, avec deux interventions, l’une d’Evelyne Ribert sur les mémoires des migrations espagnoles en région parisienne, l’autre d’Emilie Goudal sur la mémoire de l’immigration algérienne dans les musées parisiens.

Dans le prolongement de ce séminaire, et en conclusion du programme de recherche qui s’est déployé sur les quatre dernières années, un colloque aura lieu à Bordeaux au mois de juin prochain.

Je donne ici l’appel à communication. Les propositions sont à envoyer avant le 30 mars prochain.

Transferts, espaces et rayonnement culturels dans les capitales européennes depuis 1945 : Berlin, Londres, Madrid, Paris.

Colloque international et pluridisciplinaire, 6 et 7 juin 2019, Bordeaux
Sous la direction de Françoise Taliano-des Garets, professeure d’Histoire contemporaine, Sciences Po Bordeaux, CHS des Mondes contemporains, Paris 1, Panthéon Sorbonne
Langues : Français et anglais
Partenariat : Sciences Po Bordeaux, CHS des mondes contemporains Paris 1, ICEE Paris 3, , Région Nouvelle Aquitaine, Comité d’Histoire du Ministère de la Culture, ville de Bordeaux, FRAC Nouvelle Aquitaine, Office artistique de la région Nouvelle Aquitaine

Comité scientifique :
Jeremy Ahearne
Olivier Bessy
Hubert Bonin
Agnès Callu
Valeria Camporesi
Philippe Chassaigne
Tristan Coignard
Pascale Goetschel
Laurent Martin
Carmen Navarro
Pascal Ory
Juan Arturo Rubio Arostegui
Françoise Taliano-des Garets
Matthieu Trouvé
Julie Verlaine
Jonathan Vickery

Ce colloque d’histoire culturelle ambitionne de faire émerger les principaux résultats d’une recherche collective qui s’est déroulée dans le cadre d’un programme de recherche triennal centré sur les villes de Berlin, Londres, Madrid et Paris depuis 1945. Territoires de flux, de réception et d’influence, les capitales européennes depuis 1945 se caractérisent par une ouverture culturelle de plus en plus large à l’Europe et à la mondialisation, trait commun qui transgresse leurs différences politico-administratives. C’est autour de la dynamique spatio-temporelle que nous avons donc choisi d’organiser ces deux journées d’histoire culturelle urbaine. La démarche se veut pluridisciplinaire et nous souhaitons pouvoir rassembler des historiens de spécialités diverses, des historiens de l’art, des anthropologues, géographes, sociologues, politistes… La dynamique spatio-temporelle de ces quatre villes sera étudiée de façon comparative à partir de trois thématiques principales : les transferts, les espaces, le rayonnement culturels.
1-Capitales et transferts culturels
On examinera en premier lieu comment les transferts se sont opérés, à quels rythmes, par quels vecteurs, avec quelle intensité. Les communicants pourront, en procédant de préférence à des comparaisons de villes, étudier les secteurs culturels de leur choix. Il s’agira de montrer comment les influences extérieures ont investi les quatre villes et comment la greffe a pris. Cette analyse, du point de vue de la réception des influences, permettra de mesurer le degré de perméabilité de chacune des capitales et ce qui le conditionne. La réception de la culture de masse -la circulation étant plus ou moins aisée suivant les types de régimes politiques (Madrid sous Franco, Berlin de la Guerre froide)- pourra être abordée autant que celle des cultures minoritaires et des contre-cultures. La diversité des cultures et des genres constituera un champ d’exploration indispensable sous l’angle des processus de contestation/institutionnalisation. La réflexion pourra se focaliser sur les femmes et les hommes, les générations, les groupes sociaux qui ont porté le changement tout en se concentrant sur les circulations et les réseaux.
2-Capitales et espaces culturels
Les capitales présentent des espaces dédiés à la culture dont la localisation a pu évoluer au gré des bouleversements politiques, des politiques culturelles et urbaines ou encore des flux migratoires. Un repérage des lieux durables ou éphémères, officiels ou de l’underground (friches artistiques), des quartiers les plus représentatifs donnera matière à l’élaboration d’une cartographie. La mise en évidence des rythmes et des facteurs d’évolution de la géographie culturelle nous paraît dans, un premier temps, essentielle. La notion de territorialité, relation entre le territoire et les habitants dans le domaine culturel pourra être étudiée. Dans un second temps, nous souhaitons approfondir la relation spécifique entre politiques de restructuration urbaine et culture sous l’angle des concordances et/ou discordances dans les temporalités, les choix architecturaux et urbanistiques, les processus de revitalisation et leurs effets sociaux (gentrification). Les études de cas par quartiers sont les bienvenues.
3-Le rayonnement culturel des capitales
La notion de rayonnement, à savoir l’influence culturelle exercée par ces villes sur leur environnement proche et lointain, correspond à une troisième dynamique qui détermine l’existence ou non d’une « ville-monde » au sens de l’économiste Saskia Sassen. Le rayonnement est à la fois matériel et symbolique ce qui nous conduira sur le terrain des représentations. Ces villes au sommet de la hiérarchie urbaine concentrent grandes institutions culturelles nationales, richesse patrimoniale, financements étatiques, centres de formation, sièges sociaux des industries culturelles etc. Tout cela alimente leur rayonnement culturel qui pourra s’analyser de manière diachronique du local à l’international à partir de secteurs laissés au choix des communicants : spectacle vivant, arts plastiques et appliqués, industries culturelles… Sur le plan symbolique, le rayonnement des capitales s’appuie sur des représentations héritées mais aussi renouvelées  qui seront examinées à travers un choix si possible varié de productions artistiques et littéraires. Enfin, ces représentations semblent susciter, dans le contexte de concurrence urbaine qui caractérise la Guerre froide et surtout l’ouverture européenne et mondiale, un volontarisme politique prononcé. Ainsi une histoire de l’événementiel (fêtes et festivals, expositions, foires d’art contemporain, fashion week, marathons, jeux olympiques…) devrait révéler comment l’intérêt du politique s’est focalisé sur l’optimisation du rayonnement culturel par un jeu de mimétisme et/ou de différenciation donnant lieu à des stratégies de marketing urbain.

Les propositions de communications d’une page maximum accompagnées d’un bref cv et d’une liste des publications, devront être envoyées aux adresses suivantes : f.taliano@sciencespobordeaux.fr; s.machado@sciencespobordeaux.fr, avant le 30 mars 2019.

Je vous redonne le programme intégral du séminaire (qui a été complété et précisé depuis un précédent post) ici :

Programme_dépliant_2018-2019_MAJ3

En parlant de culture européenne… Je suis maintenant en mesure d’annoncer la sortie prochaine – le 14 février – du manuel Atlande consacré à la question d’histoire contemporaine à l’agrégation et au Capes d’histoire « Culture, médias, pouvoirs, Etats-Unis et Europe occidentale, 1945-1991 ». Ce fut un long travail, pénible par moments, souvent passionnant, sur une question que j’ai contribué à définir avec ma collègue Catherine Bertho-Lavenir. Le résultat devrait être à la hauteur des efforts consentis par toute l’équipe des auteurs et des correcteurs qui ont oeuvré pour donner aux étudiants – mais aussi à tous ceux qu’intéresse l’histoire du contemporain en Occident – un outil de travail commode en même temps qu’une somme à peu près inégalée d’informations et de références sur la question.

Je donne ici en primeur un fragment de l’introduction dans sa première version (la version publiée sera un peu différente) pour vous mettre en appétit.

La nouvelle question d’histoire contemporaine aux concours du Capes et de l’Agrégation se situe au croisement de l’histoire culturelle et politique du second vingtième siècle. Elle met en rapport trois termes qui doivent être définis préalablement à toute précision quant au cadre spatial et temporel de l’étude.
Le premier terme, sous son apparente simplicité, est peut-être le plus compliqué de tous. John Baldwin, dans son livre Redefining Culture : Perspectives Accross the Disciplines [Baldwin, 2005] recensait pas moins de deux cent cinq définitions de ce « bloody word of culture », ainsi que le désignait pour sa part Raymond Williams, l’un des fondateurs des Cultural Studies britanniques. Nous nous contenterons ici de définir la culture comme l’ensemble des oeuvres de l’esprit humain. Par « oeuvres », nous entendrons principalement dans ce livre les productions intellectuelles et esthétiques mais celles-ci ne doivent pas être limitées à la création artistique ou au patrimoine consacré ; nous élargirons autant que possible le spectre de l’étude, des arts aux industries culturelles, jusqu’à toucher aux modes de vie, de pensée, de croyance, de consommation, aux pratiques sportives ou à la sexualité. La culture est un complexe de pratiques sociales et de représentations mentales que la branche de la discipline historique qui s’en est fait une spécialité aborde autant que possible sans a priori ni jugement de valeur, dans la diversité de ses manifestations historiques [Ory, 2004 ; Poirrier, 2004 ; Martin et Venayre, 2005 ; Cohen et al, 2011]. Les caractères distinctifs d’une culture peuvent être étudiés à divers niveaux de réalité et d’observation, à l’échelle d’une aire géoculturelle (« la culture européenne »), d’un État-nation (« la culture française », la « culture italienne »), d’un segment de population (la « culture jeune », la « culture juive »). Quand une culture associe un style de vie, des valeurs et une esthétique et caractérise un groupe social qui se vit sur un mode minoritaire, on pourra parler de « subculture » (plutôt que de sous-culture, connoté négativement en français), par exemple pour parler de la « culture rock  » [Cuche, 2010]. Quand cette subculture porte en elle un projet global de contestation de la société ou de la culture dite « dominante » ou « officielle » (que celle-ci soit contrôlée par l’État ou laissée au libre jeu du marché), on parlera de « contre-culture » [Bourseiller et Penot-Lacassagne, 2013 ; Lacroix et al. 2015]. Couramment employés l’une pour l’autre, les notions de « culture populaire » et de « culture de masse » sont cependant distinctes. La première désigne plutôt les productions symboliques d’un groupe social historiquement construit (la « culture ouvrière », la « culture paysanne ») tandis que la seconde renvoie davantage aux productions issues des industries culturelles et destinées à un large marché.
Les médias peuvent être considérés comme l’un des domaines de cette histoire culturelle puisqu’ils fabriquent, eux aussi, des représentations mentales qui à leur tour orientent des conduites individuelles et des pratiques sociales. Leur importance centrale dans le monde contemporain, l’intérêt qu’ils suscitent dans le public mais aussi dans la communauté savante, la complexité de leurs enjeux ont conduit à une autonomisation de ce champ de recherche, suscitant des disciplines et des spécialités spécifiques (« information et communication », « media studies », « histoire des médias »). Le terme « médias » est la version francisée (dans les années 1950) des media de la langue anglaise. On le complète parfois du terme « de masse », là aussi traduction des mass media anglophones. Le terme de mass media apparaît dans les années 1920, dans une publication périodique états-unienne intitulée Advertising and Selling ; au-delà de la publicité, l’expression désigne couramment l’ensemble des techniques et des institutions permettant de communiquer un message au plus large public : affiches et tracts, presse écrite, radiodiffusion, télévision (aujourd’hui le réseau internet mais celui-ci n’est ouvert au grand public que dans les années 1990, il ne fait donc pas partie du sujet). Il faudrait ajouter à ces vecteurs les livres et revues, le cinéma, le disque, qui sont aussi des médias en ce sens.
Les médias au sens strict – c’est-à-dire avant tout les médias qui délivrent une information générale sur la vie d’une communauté politique ou culturelle – sont, depuis la fin du XVIIIe siècle, réputés constituer un « quatrième pouvoir », aux côtés (ou en face) des pouvoirs exécutif, législatif ou judiciaire. On pourra aussi parler de « contre-pouvoir », qui équilibre celui du gouvernement. Dans les démocraties libérales que sont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la République fédérale d’Allemagne et l’Italie dans la deuxième moitié du XXe siècle, la liberté d’informer est garantie par les textes constitutionnels, même si, dans les faits, cette liberté est souvent limitée par l’exercice du pouvoir et des dispositifs qui s’apparentent à des formes de contrôle voire de censure des opinions. Plus généralement, ces pays pluralistes et régis par un droit d’essence démocratique se caractérisent par une séparation des pouvoirs plus ou moins stricte qui garantit la population contre les abus du pouvoir gouvernemental. Mais ce pouvoir gouvernemental ou, plus généralement, politique, n’est pas le seul qui doive être pris en considération. Les forces économiques organisées sont aussi un pouvoir ; les autorités religieuses et spirituelles, les milieux éducatifs et culturels peuvent également influer sur le cours des choses et exercer un pouvoir qui déborde leur sphère propre d’activité.
La question d’histoire contemporaine interroge les relations qu’entretiennent la culture dans sa diversité, les médias et les formes de pouvoir aux États-Unis et en Europe occidentale entre la défaite de l’Allemagne nazie et la dislocation de l’URSS. Elle invite à considérer les supports ou vecteurs, les contenus et les acteurs de la culture et des médias en lien avec l’ensemble des pouvoirs (politiques, économiques, spirituels, etc.). Elle propose de réfléchir aux permanences et aux transformations de la culture et de la vie publique au prisme des échanges culturels de part et d’autre de l’Atlantique en posant la question de la domination américaine, réelle ou imaginée, dans le cadre de la mise en place de la mondialisation. L’émergence d’une contre-culture dans les années 1960 dans l’ensemble du monde occidental puis ses mutations lors de la décennie suivante et enfin sa disparition (du moins de certaines de ses expressions originelles) dans les années 1980, sa puissance de contestation mais aussi de proposition, le dialogue qu’elle tisse entre les deux rives de l’Atlantique, ses diverses traductions nationales et locales, se trouvent au coeur de la question d’histoire contemporaine comme de ce livre. Cela dit, les interactions entre culture, médias et pouvoirs sont multiples et sont déclinées dans cet ouvrage dans diverses parties thématiques.

La première présente les relations culturelles au niveau international : système des relations entre les divers acteurs qui composent la société internationale (États, organisations intergouvernementales, institutions publiques et territoriales, acteurs privés), américanisation de l’Europe occidentale et instrumentalisation de la culture à des fins de propagande politique au temps de la Guerre froide, construction de l’Europe culturelle. La diplomatie culturelle et ce qui sera nommé, à partir des années 1990, le softpower doivent être pris en considération, de l’utilisation du jazz et de l’expressionnisme abstrait par les États-Unis au moment de la guerre froide jusqu’à la contestation de la domination culturelle américaine au cours des années 1980. Les enceintes du débat culturel et médiatique international (Unesco, Conseil de l’Europe, conférences internationales) font également partie du sujet.
Une deuxième partie porte sur l’histoire des arts, dans toute la diversité des formes d’expression. Il ne s’agit pas de proposer une histoire de l’art internaliste (histoire des formes, succession des écoles et des courants esthétiques) mais de replacer ces formes dans leur contexte historique d’apparition, de décrire leurs rapports au politique et aux pouvoirs, leurs liens avec les cultures et les sociétés qui les produisent, les diffusent, les reçoivent. La dimension économique – la présentation des structures du marché de l’art – est également présente.
La troisième partie porte sur les médias et les industries culturelles, eux aussi étudiés dans la diversité de leurs vecteurs et manifestations et dans leurs rapports à la fois au pouvoir politique (et administratif) comme au pouvoir économique. La presse et, plus généralement, les médias et les industries culturelles (édition, industrie musicale, cinéma, radio, télévision, jeux vidéo) sont étudiés dans leur organisation, leur évolution, leur rapport aux institutions démocratiques et aux instances de régulation, leurs liens avec les diverses formes d’organisation politique mais également à travers leur influence sur l’évolution sociale et culturelle dans son ensemble. La réflexion critique sur les médias fait partie de la bibliographie, de même que les travaux sur la publicité, la communication politique et les sondages d’opinion.
L’histoire des politiques culturelles et symboliques est traitée dans une quatrième partie : acteurs privés et publics organisant la création, la conservation et la transmission du patrimoine, la diffusion la plus large des oeuvres, d’une part ; politiques visant à créer et à maintenir un lien entre culture, mémoire et identité nationale, sociale ou locale, de l’autre. Les politiques culturelles publiques mises en place dans les pays occidentaux, tout particulièrement en Europe, au lendemain de la guerre, sont étudiées dans la diversité des modèles nationaux d’organisation, des moyens mobilisés, des missions assignées aux divers organismes qui en sont chargés. Les interactions entre ces politiques culturelles et la vie culturelle dans son ensemble mais aussi entre les pouvoirs publics (au niveau national, régional et local) et les acteurs privés (associations, mouvements d’éducation populaire, fondations philanthropiques, etc.) ont fait l’objet de nombreux travaux depuis une trentaine d’années dans la plupart des pays considérés.
Parmi les créateurs de représentations symboliques, les intellectuels au sens large forment une catégorie à part qui fait l’objet d’une cinquième partie dans cet ouvrage, où sont étudiés successivement les formes et motifs de l’engagement, l’essor des sciences sociales et humaines, enfin le mouvement étudiant des années 1960. Il s’agit de présenter non seulement les grandes figures et les courants de pensée qui dominent l’époque considérée, mais aussi la montée en puissance des professions intellectuelles, la massification de l’enseignement secondaire, puis supérieur, le dynamisme des sciences sociales et humaines. L’influence de ces phénomènes sur l’évolution du débat politique ou sur des événements transnationaux tels que les mouvements de contestation de 1968 est au cœur du sujet. En revanche, l’histoire des sciences et des techniques ou l’histoire de l’éducation ne sont pas traitées en tant que telles.
Une sixième et dernière partie passe en revue un certain nombre de thèmes de nature plus sociétale : les nouveaux terrains de lutte des années 1970, les politiques du corps, du genre et de la sexualité, les religions établies et les nouvelles spiritualités, les sports, la consommation et les loisirs. Les évolutions globales des sociétés occidentales et leurs rapports au politique sont analysées à l’aune des transformations culturelles, médiatiques et politiques. L’hypothèse d’une « crise de civilisation » diagnostiquée par beaucoup d’intellectuels tout au long de la période est interrogée. L’évolution des mœurs, le renouvellement des formes esthétiques, les revendications des minorités multiplient les occasions de conflit autour des valeurs dominantes. Le jeu entre censure et transgression, la contestation des pouvoirs et les échappées utopiques caractérisent tous les pays de l’aire occidentale dont les systèmes de contrôle culturel sont présentés. Les Églises participent également au débat sur les grandes valeurs des pays occidentaux, et sont, à ce titre, des acteurs de la culture et de la dynamique politique, aux États-Unis comme en Europe occidentale, mais l’histoire religieuse en tant que telle n’est pas incluse dans le sujet.
Ces six parties thématiques sont le plus souvent découpées en fiches elles aussi thématiques mais plus précises, qui sont à leur tour réparties entre les cinq grands pays au programme, auxquels s’ajoutent un point sur les circulations transnationales d’idées, d’images, de sons etc. (c’est-à-dire impliquant d’autres acteurs et logiques que ceux qui relèvent des États-nations) et un aperçu sur d’autres pays européens que les quatre pays « majeurs ». Enfin, dans ces sous-fiches nationales ou inter- et transnationales, le lecteur retrouvera des éléments de chronologie et de périodisation.

Bonne lecture!

LM

 

Université-fantôme

Bonjour,

Alors que je m’apprête à partir dans deux jours à Poitiers participer à un jury de thèse sur « l’évolution du discours des milieux politiques et médiatiques français sur le jeu vidéo de 1972 à 2012 » (Julien Lalu), j’ai le coeur serré devant le spectacle qu’offre ma propre université, Paris 3, la « Sorbonne-Nouvelle » aux allures d’université-fantôme. Celle-ci est en effet bloquée-fermée depuis trois semaines : bloquée par un nombre indéterminé mais relativement faible d’étudiants et de collègues qui protestent – notamment – contre le projet gouvernemental d’augmenter les droits d’inscription des étudiants extra-communautaires, fermée par décision administrative de la présidence de cette université pour éviter que ce blocage ne se transforme en occupation des locaux.

Personnellement, je pense que cette augmentation des droits d’inscription a été mal pensée, mal préparée, mal annoncée, comme souvent de la part de ce gouvernement maladroit et brutal. Il y a un vrai problème de financement public de l’enseignement supérieur et de la recherche dans ce pays, depuis longtemps. L’augmentation des droits d’inscription peut être l’une des réponses à apporter, si l’on pense que l’on ne peut augmenter indéfiniment la dépense publique globale ; encore faut-il qu’elle soit justement répartie – pourquoi cibler cette population d’étudiants non européens dont beaucoup viennent de pays et de familles aux revenus modestes? Cela porte atteinte au rôle joué par l’Université française dans le cadre de la diplomatie culturelle comme de l’aide au développement. A tout le moins, cette mesure mérite débat contradictoire et explications étayées par des études.

Avant même que ce débat puisse se tenir, pourtant, quelques étudiants et collègues ont décider de bloquer l’université, empêchant cours et examens d’avoir lieu. L’université avait déjà fait l’objet d’un tel blocage au printemps dernier, pour protester contre la mise en place du dispositif Parcoursup ; avec ces trois nouvelles semaines de fermeture, ce sont sept semaines d’enseignement qui ont été supprimées par la volonté de quelques-uns contre celle d’une majorité hélas bien silencieuse et passive. A entendre les discours enflammés tenus devant des assemblées si peu générales par des leaders très politisés, on comprend que l’augmentation des droits d’inscription en décembre comme Parcoursup en mai ne sont en réalité que des prétextes. Le véritable enjeu est de construire une mobilisation politique et sociale contre le gouvernement, en lien avec toutes les protestations et contestations qui s’expriment en France. Et tant pis si les étudiants étrangers – ou français – que l’on prétend défendre sont sacrifiés pour cette cause supérieure.

Avec un collègue de Paris 3, j’ai pris l’initiative d’une pétition dénonçant le blocage de l’université. On peut en trouver le texte ici, avec les noms des douze premiers signataires :

Pour la fin du blocage du site de Censier(1)

Aujourd’hui, plus d’une centaine de collègues, de toutes disciplines, composantes et convictions politiques ont signé cette pétition qui réclame tout simplement la réouverture sans condition de notre lieu de travail, qui est aussi un lieu rare et précieux d’exercice de la pensée libre.

Dans une réponse que j’avais faite à l’un des leaders auto-proclamés du blocage, je rappelais ma conviction profonde : le blocage n’est pas un moyen légitime de négociation, surtout quand il tend à se banaliser comme c’est malheureusement le cas dans notre université. Je publie ici un extrait de ce courrier, qui pourra renseigner ceux de mes lecteurs, étudiants de Paris 3, qui se demandent quelle est ma position à ce sujet.

 » (…) Je ne crois pas au Grand Soir. Je ne crois pas que l’université, la nôtre comme les autres, soit le lieu par lequel ce Grand Soir puisse advenir. Et je ne crois pas non plus que le blocage soit le moyen d’y parvenir. Fondamentalement, notre différence réside là. Pas dans l’hostilité à la hausse brutale et non concertée des droits d’inscription pour les étudiants extra-communautaires. Dans l’horizon politique dans lequel nous nous situons. Tu acceptes l’instrumentalisation politique de l’université, je la refuse.

Je crois, quant à moi, que l’université, plus modestement, plus prosaïquement, est le lieu dans lequel des enseignants et des chercheurs travaillent à former des étudiants pour qu’ils puissent devenir à la fois de bons citoyens et de bons professionnels. C’est là notre mission de service public, la mission que nous remplissons en tant que fonctionnaires de l’Etat. Notre engagement moral comme professionnel. Je ne nie pas les difficultés dans lesquelles nous effectuons cette mission, je me suis engagé par le passé pour les améliorer et suis prêt à recommencer, mais j’effectue néanmoins cette mission du mieux que je le peux, au service des étudiants. C’est cette mission que le blocage empêche. Le rapprochement avec le syndrome de Stockholm [que mon collègue osait dans son texte] me paraît très douteux pour caractériser ce dévouement. A moins que tu ne veuilles parler de la sympathie que nous devrions éprouver pour ceux qui prennent l’université en otage jusqu’à ce que leurs revendications politiques aboutissent?

Je ne m’élève pas contre le blocage uniquement parce qu’une minorité impose par la force sa loi à la majorité. Même si la majorité se prononçait pour le blocage, je n’en continuerais pas moins à protester au nom de ma liberté d’aller et de venir librement au sein de l’université, ma liberté de faire mon métier. Quand j’ai participé au mouvement de contestation du projet de fusion, j’ai participé à un blocage – mais c’était des instances qui prenaient des décisions contre le voeu des personnels (et contre tout bon sens, on l’a vu par la suite). En aucun cas je ne me serais opposé à la liberté des étudiants d’étudier, des enseignants d’enseigner. (…) Bloquer l’université pendant des semaines, faire du blocage un moyen normal, presque banal, de protestation revient à nier l’importance des tâches que nous effectuons tous les jours au service des étudiants. C’est mépriser ce que nous sommes et ce que nous faisons. Et c’est rendre un très mauvais service aux étudiants, notamment étrangers, que tu prétends défendre. »

Bien sûr, mon collègue ne changera pas d’opinion, non plus que les étudiants radicalisés qui le suivent ou le précèdent. Mais il est important que les autres, qui hésitent, s’interrogent, réfléchissent, doutent, puissent avoir quelques repères fermes en ces temps troublés où tous les moyens pour se faire entendre paraissent bons.

Maintenant, les vacances et les fêtes de fin d’année approchent. Je vous les souhaite reposantes et joyeuses. Espérons qu’elles apaiseront les esprits et que nous pourrons reprendre notre activité normale d’enseignement et de recherche à la rentrée. Si ce n’est pas le cas, il faudra en appeler à la mobilisation massive des étudiants, des enseignants et des personnels administratifs pour empêcher que notre outil de travail soit de nouveau confisqué par les idiots utiles du capitalisme et de l’ultra-libéralisme qu’on appelle en France les gauchistes.

LM

 

1e séance du séminaire Histoire culturelle des capitales européennes, saison 4

Bonjour,

comme trop souvent, je m’y prends tard pour annoncer un événement auquel je participe. Demain jeudi aura lieu la première séance de la quatrième année du séminaire d’histoire culturelle des capitales européennes que j’anime avec ma collègue et amie Françoise Taliano-des-Garets, professeure à l’IEP de Bordeaux.

Les trois premières années du séminaire avaient été consacrées d’abord à l’enjeu patrimonial, ensuite à la création et aux spectacles, enfin aux industries culturelles dans les quatre capitales choisies comme terrain d’étude, à savoir Berlin, Londres, Madrid, Paris. La quatrième année aura pour thème la diversité culturelle et les apports migratoires aux cultures de ces quatre villes depuis 1945.

En plus du soutien du Comité d’histoire du ministère de la Culture et de la région Grande Aquitaine, nous bénéficions cette année du concours du Musée national de l’histoire de l’immigration, Porte Dorée dans le 12e arrondissement de Paris, qui accueillera cette année toutes les séances prévues.

La première séance est consacrée aux arts plastiques. Voici le programme complet. L’entrée est libre mais une inscription est nécessaire (sauf que je n’ai pas réussi à trouver le formulaire dont il est question dans la présentation du séminaire sur la site du comité d’histoire du ministère… Venez quand même!).

PROGRAMME

Séance n°1 – Arts plastiques et diversité dans les capitales européennes depuis 1945 
jeudi 6 décembre 2018 – 14h-16h
Cette séance s’inscrit dans le cadre de l’exposition « Persona Grata »organisée par le MNHI et MacVal d’octobre 2018 à janvier 2019.

Intervenants :

  • Maureen Murphy, maîtresse de conférences en Histoire de l’art, Université Paris 1

La présence d’Iba N’Diaye, Ernest Mancoba et Mohammed Khadda à Paris dans les années 1950-1960.

  • Thibaut de Ruyter, architecte, critique et commissaire d’expositions. Correspondant à Berlin d’ArtPress, Il Giornale dell’Architettura, Particules, Fucking Good ArtFrieze d/e

Berlin-Bohème et après (1989-2018) ?

 

Séance n°2 – Patrimoine et mémoire de l’immigration dans les capitales européennes depuis 1945
Jeudi 7 février 2019 – 14h-16h
Intervenants:

  • Evelyne Ribert, sociologue, chargée de recherche au CNRS, membre de L’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain

Les mémoires des migrations espagnoles en région parisienne, l’exemple de la Plaine Saint-Denis.

 

Séance n°3 – Arts du spectacle et diversité culturelle dans les capitales européennes depuis 1945
Jeudi 14 mars 2019 – 14h-16h
Intervenants:

  • Magali Dumousseau-Lesquer, maître de conférences à l’université d’Avignon (EA 4277 ICTT – Laboratoire Identité Culturelle, Textes et Théâtralité)

« Madrid est un creuset de cultures », Pablo Pérez Mínguez. Les processus d’amnésie, d’assimilation et de réappropriation dans les productions artistiques du Madrid de l’après-franquisme, du Rrollo underground à la Movida.

  • Lionel Arnaud, professeur en sociologie – Sciences Po Toulouse, membre du Laboratoire des sciences sociales du politique

Une comparaison franco-britannique : « Le carnaval de Notting Hill, 1958-2008 ».

 

Séance n°4 – Langue (s) et littérature (s) de l’exil dans les capitales européennes depuis 1945
Jeudi 18 avril 2019 – 14h-16h
Cette séance s’inscrit dans le cadre du Prix littéraire de l’exil du MNHI

Intervenants:

  • Kaoutar Harchi, écrivaine, chercheure post-doctorante en sociologie au Labex CAP, visiting professor à NYU

Écrivains maghrébins et littérature francophone à Paris.

  • Isabelle Le Pape, chargée de collection en littérature anglophone – Bibliothèque nationale de France

Hybridation culturelle et migrations littéraires autour de Londres.

  • Myriam Geiser, maîtresse de conférences à l’université de Grenoble – Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie

Parcours d’écrivains germano-turcs à Berlin.

 

Séance n°5 – Musique et diversité culturelle dans les capitales européennes depuis 1945
Jeudi 20 juin 2019 – 14h-16h
Intervenants:

  • Malcolm James, senior lecturer in Media et Cultural studies, Associate Director au Sussex Centre for Cultural Studies

  • Myrtille Picaud, sociologue, post-doctorante – CNRS Chaire Paris Sciences et Lettres

Devenir, redevenir ou rester une capitale musicale ? Petite histoire des espaces musicaux de Paris et Berlin aujourd’hui.

  • Angéline Escafre-Dublet, maîtresse de conférences en Science politique à l’Université Lyon 2

S’approprier la ville. Musique et migrations à Paris et à Londres, 1962-1989.

 

Les séances se tiendront, en langues française et anglaise, au Musée national de l’Histoire et de l’Immigration, Atelier 4, 293 Avenue Daumesnil, 75012 Paris [plan]
Inscription obligatoire (libre et gratuite dans la limite des places disponibles) en remplissant le formulaire

Informations :
comitehistoire@culture.gouv.fr

https://chmcc.hypotheses.org/6948

LM

Excelsior!

Bonjour,

retour aux affaires après presque deux mois d’inactivité – du moins sur ce site car pour le reste, je n’ai pas chômé!

Ce qui me fait sortir de ma tanière? La mort de Stan Lee, cette semaine, à qui je veux rendre hommage. C’est le temps du deuil pour le grand lecteur de comics et spectateur de films de super-héros que j’étais – et suis demeuré, malgré mon grand âge et les dérives et excès en tous genres (pas les miens, quoique), en particulier depuis que Marvel est tombé dans les pattes de Disney, comme la franchise Star Wars avant lui, avec les mêmes objectifs de surexploitation financière et le même résultat de transmutation de l’or de la pop/pulp culture en guimauve sirupeuse.

Par Sidrao21 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=74400062

Je ne vais pas me lancer dans une biographie du bonhomme, déjà faite à de multiples exemplaires depuis l’annonce de sa mort, le 12 novembre dernier, à l’âge respectable de 95 ans. Ce n’était pas un saint, il a un peu filouté les gens avec lesquels il a travaillé, les Jack Kirby, les Steve Ditko et tant d’autres dessinateurs de talent auxquels il a prêté son génie de conteur. Car, oui, on peut dire avec une tranquille certitude qu’il y avait du génie dans celui que le magazine Esquire avait surnommé en 1966 le « Homère du XXe siècle » (comparaison flatteuse, reprise par Jean-Marc Lainé dans le livre qu’il a consacré à Stan Lee, Stan Lee, Homère du XXe siècle, publié aux Moutons électriques en 2013). De son vrai nom Stanley Martin Lieber, ce fils d’immigrés juifs de Roumanie avait vu le jour à New York City en 1922. Nourri au lait des comic strips, des pulps et des romans de Conan Doyle ou d’Alexandre Dumas, il se fit embaucher à 18 ans chez Timely Comics, maison d’édition alors dirigée par Martin Goodman. Il en gravit les échelons, sauva la boîte de la faillite, en devint la pièce maîtresse, scénariste et dialoguiste de la plupart des séries cultes lancées par Timely, devenu Marvel Comics (après s’être un temps appelé Atlas Comics) en 1963. Hulk, Spider-man, Iron-man, les Quatre fantastiques, les X-Men? C’est lui, pas seul, mais toujours à l’origine de ces super-héros devenus des icônes planétaires. Ils ont accompagné mon adolescence et, devenu adulte, si j’ai lu moins de comics, j’ai apprécié les premières adaptations cinéma de ces histoires de surhommes aux prises avec des questions existentielles qui sont aussi les nôtres, du genre : « comment je vais faire pour payer mon loyer sans employer mes super-pouvoirs? » (dixit Peter Parker alias Spiderman). Aujourd’hui, le filon paraît prêt de s’épuiser, si j’en crois les derniers films sortis, que ce soit ceux de Marvel ou ceux de DC, qui parodient le genre plus qu’ils ne le renouvellent. Mais la nostalgie, elle, n’est pas prête de s’épuiser. Merci, Stan Lee et, pour reprendre votre expression favorite signifiant quelque chose comme « plus haut et plus loin vers une gloire supérieure » : Excelsior!

Je change totalement de sujet et profite de ce post pour annoncer (j’aurais dû le faire plus tôt, pardon) un colloque important qui se déroule les 19 et 20 novembre prochain à l’Unesco sur « les nouveaux enjeux patrimoniaux en contexte de crise ». Je vous en donne ici le programme :

Programme_Patrimoines en contexte de crises_Unesco_19-20nov2018

A bientôt.

LM

Documents pour le cours M7M417 Géopolitique des arts et des cultures

Bonjour,

je poste ici les documents que j’avais proposés pour préparer les deux premières séances du cours M7M417 :

Gruzinski Immanuel-Wallerstein-Comprendre-le l’enjeu culturel au coeur des RI 0903_Matsuura_FR sur la mondialisation

J’y ajoute la présentation powerpoint du premier cours :

Présentation cours géopq 1

Et je profite de ce nouveau post pour rappeler que le nouveau numéro de la revue HEY! est sorti et qu’une séance de dédicace aura lieu ce samedi à la librairie le Monte-en-l’air dans le 20e arrondissement de Paris.

Au plaisir de vous y voir

LM

 

Documents pour le cours sur l’histoire et l’actualité des censures

Bonjour,

je poste ici les documents qui servent de support aux deux premières séances du cours M9A302 sur l’histoire et l’actualité des censures pour les étudiants de 2e année de master.

Je vous souhaite une bonne lecture.

M9A302 doc pour la séance 1 (présentation)

M9A302 doc pour la séance 2 (censure de l’imprimé)

Je profite de ce billet pour vous signaler la création du blog d’une collègue et néanmoins amie, Julie Verlaine, enseignante-chercheuse à l’université de Paris 1, qui s’intéresse aux cafés des musées. De quoi allier plaisirs des sens et délectations esthétiques! On vous recommande vivement d’y aller voir à cette adresse :

Je cite son annonce :
« Les premiers billets publiés vous emmèneront de Londres à Berlin en passant par Paris et la Réunion. Les publications suivantes auront lieu chaque vendredi après-midi et seront relayées sur facebook (page Cafés De Musées), sur Instagram (compte cafesdemusees) et sur Twitter (@CMusées)
Par ailleurs, une newsletter va être créée pour annoncer les publications hebdomadaires. »
Qu’on se le dise!
LM

Rentrée 2018

Bonjour,

après trois bons mois de silence, entre fin d’année universitaire trépidante et vacances reposantes, il est plus que temps de reprendre le chemin de ce blog que j’utilise pour donner des nouvelles, maintenir le lien avec les étudiants, mes collègues enseignants et chercheurs… et quelques curieux d’art, d’histoire et de culture qui peuvent y glaner des informations intéressantes.

Il faut être motivé, en effet, car, comme toujours, cette période est particulièrement chargée en travaux et devoirs de toutes sortes, surtout lorsqu’on se trouve être, comme c’est mon cas, en charge d’un département universitaire. Entre la préparation des cours, les problèmes d’emplois du temps à régler et les réunions programmées avec les étudiants, les journées sont bien remplies!

Ce qui les remplit encore, au risque de les faire déborder : les travaux d’écriture qui n’ont pu être achevés pendant les vacances (sinon ce n’étaient plus des vacances) mais qui doivent l’être dans les jours et les mois qui viennent (sinon ce ne serait pas bien). Priorité des priorités, le manuel qui devrait paraître cet automne aux éditions Atlande sur la nouvelle question d’histoire contemporaine au concours de l’agrégation (j’en avais déjà parlé ici même, je rappelle qu’il s’agit de : « Culture, Médias, Pouvoirs aux Etats-Unis et en Europe occidentale de 1945 à 1991 »). Deux manuels sur ce sujet sont déjà sortis, l’un chez Ellipse en juillet, l’autre chez Armand Colin il y a quelques jours. Nous sommes donc en retard mais le travail avance et le résultat sera de qualité, je n’en doute pas.

Et puis il faut lancer les autres projets de l’année…

Tout cela risque fort de me faire louper certains des rendez-vous de la rentrée. J’en mentionne quand même trois qui pourraient vous intéresser.

Le premier, que me signale mon collègue Vincent Negri :

Dans le cadre des Journées du patrimoine 2018, dont le thème porte sur l’art du partage, l’Institut des Sciences sociales du Politique organise avec le musée du quai Branly-Jacques Chirac, un colloque sur Le patrimoine en partage : un (nouveau) concept juridique ? Il se tiendra le vendredi 14 septembre de 14h30 à 17h dans la salle de cinéma du musée du quai Branly-Jacques Chirac.

Ce colloque réunira Alice Fabris, Jérôme Fromageau, Emmanuel Kasarherou, Inès Lamouri, Amandine Lizot et Line Touzeau-Mouflard, autour d’une double problématique : Accéder au patrimoine et Reconnaitre le patrimoine d’autrui.

Par ailleurs, à l’occasion de ces Journées du patrimoine, une projection gratuite du film de Christian Lajoumard « L’Afrique collectionnée », aura lieu le samedi 15 janvier à 17h, au Mouffetard, Théâtre des arts de la marionnette (73 rue Mouffetard 75005 Paris) : https://openagenda.com/jep-2018-ile-de-france/events/projection-l-afrique-collectionnee

Deuxième rendez-vous de septembre : la sortie du deuxième numéro papier de la nouvelle série de la revue HEY! Pour fêter l’événément, une rencontre assortie d’une séance de signature est organisée le samedi 22 septembre à partir de 17h à la librairie Le-Monte-en-l’air, dans le 20e arrondissement de Paris. J’y serai, en belle compagnie – voyez le flyer

La semaine suivante, le samedi 29 septembre, aura lieu le congrès de l’Association pour le développement de l’histoire culturelle, qui rassemble des chercheurs, débutants ou confirmés, spécialisés dans cette branche de l’histoire qui s’intéresse aux représentations sociales et mentales.

En voici le programme, riche, comme toujours, placé cette année sous le double signe de la psychanalyse et des images :

Lieu : École nationale supérieure Louis-Lumière (La Cité du Cinéma, Saint-Denis), 20 rue Ampère 93200 Saint Denis
Métro Ligne 13 – carrefour Pleyel (sortie 2 Cap Ampère) – distance de l’École – 5 minutes

9 h : Accueil des participant-e-s
9 h 15 : Assemblée générale présidée par Pascal Ory – Rapport moral et financier
9 h 45 : Actualités de l’histoire culturelle
10 h 30 – 12 h : Conférence de Paul-Laurent Assoun (professeur émérite à l’Université Paris-Diderot Paris 7) « La culture et son envers inconscient : Histoire et structure à l’épreuve de l’anthropologie psychanalytique »
« Qu’est-ce que la psychanalyse, considérée comme anthropologie permettant de dégager l’envers du lien social, peut apporter à une théorie de la Culture ? En se guidant sur la théorie freudienne du collectif, finalement méconnue, on montrera en quoi, loin de « psychologiser » le fait culturel, le savoir du sujet de l’inconscient l’éclaire en sa double face, singulière et collective. Surtout, cela permettra de repenser, au-delà de quelque relativisme  culturel, la dialectique intime entre histoire et structure au sein de la  dynamique culturelle ».
Discussion.

12h-13h45 Déjeuner. S’inscrire svp auprès de evelyne.cohen@wanadoo.fr

14h-16h : Table-ronde « Film et photographie : construction de champs historiques »

Table ronde animée par Vincent Lowy (ENS Louis-Lumière), avec André Gunthert (EHESS), Véronique Figini-Veron (ENS Louis-Lumière), Marie-Madeleine Mervant-Roux (CNRS), Myriam Tsikounas (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).

« Alors que les prochains Rendez-vous de l’Histoire de Blois ont pour thématique la puissance des images, la table-ronde se propose de dresser la généalogie de champs historiques ayant pour objet d’étude le film et la photographie. Centrées sur des questions d’ordre épistémologique et méthodologique, leur évolution, ainsi que leurs formes médiatiques ou expressions contemporaines, seront interrogées ».

16h-17h Visite de l’ENS Louis Lumière

17h-18h Conseil d’administration de l’ADHC

 

De belles discussions et réflexions en perspective, de quoi démarrer l’année universitaire en beauté! Si vous voulez me faire part d’autres événéments prévus ce mois-ci, n’hésitez pas à m’écrire…

A bientôt,

LM

Thèses en soutenance

Bonjour,

lundi 11 juin et jeudi 21 juin auront lieu deux soutenances de thèses qui me touchent de près puisque j’ai dirigé les travaux des deux doctorants qui en sont les auteurs.

Lundi 11 juin, c’est Jessica Kohn qui soutiendra sa thèse intitulée :

« Travailler dans les Petits Mickeys » : les dessinateurs-illustrateurs en France et en Belgique de 1945 à 1968

Elle aura lieu en salle Athena à la Maison de la Recherche de Paris III, 4 rue des Irlandais (75005), à partir de 13h et sera défendue devant un jury composé de
Jean-Paul Gabilliet (co-directeur de la thèse)
Philippe Kaenel
Laurent Martin
Emmanuelle Picard
Marie-Ève Thérenty

Sylvain Venayre

Abstract

« Ce travail s’attache à étudier la profession de dessinateur-illustrateur en France et en Belgique francophone de 1945 à 1968. La profession a longtemps été étudiée sous le seul prisme de la bande dessinée ou du dessin de presse politique. Grâce à une approche prosopographique et à l’étude de 400 trajectoires professionnelles, nous montrons que le métier de dessinateur est polyvalent dans les années 1950 et 1960, touchant autant à l’illustration qu’au dessin politique ou à la bande dessinée. Les dessinateurs sont dépendants du marché et multiplient les lieux de publication comme les pratiques graphiques, en particulier au sein des illustrés. Nous avons privilégié ce support pour appréhender la pratique professionnelle des dessinateurs du corpus.
La polyvalence des dessinateurs et leur dépendance vis-à-vis du marché a des conséquences directes sur la manière dont ils construisent et définissent leur métier, en termes d’auto-représentation, de sociabilités comme de revendications. Le statut de journaliste devient un point d’ancrage pour nombre d’entre eux, apparaissant comme le meilleur moyen de bénéficier des acquis sociaux qui concernent la société salariale de la France et la Belgique des Trente Glorieuses. Dans le même temps, certains aspirent malgré tout au statut d’indépendant.
Les dessinateurs endossent également leur rôle de journalistes dans leurs productions graphiques : leur travail pour la presse et les ouvrages à grand tirage fait d’eux des observateurs visuels de la société des Trente Glorieuses, dont ils transmettent les valeurs, les innovations et les questionnements. C’est dans ce contexte que s’imposent, parfois conjointement, le dessin absurde et la bande dessinée, sans pour autant qu’il s’agisse déjà de spécialisations professionnelles. »
Jeudi 21 juin, ce sera au tour d’Olivier van den Bossche de soutenir sa thèse intitulée :
Entreprendre pour le développement. Une histoire des politiques UE/ACP de développement du secteur privé, de Lomé à Cotonou, 1975-2000.
La soutenance aura lieu en salle Claude-Simon à la Maison de la Recherche de Paris III, 4 rue des Irlandais (75005), à partir de 14h et sera défendue devant un jury composé de
Mme Laurence BADEL
Mme Véronique DIMIER
Mme Christine MANIGAND
M. Laurent MARTIN
Mme Guia MIGANI
M. Franck PETITEVILLE
Résumé :
Cette thèse retrace la construction historique d’une politique publique dite prioritaire de l’aide au développement. Les politiques de développement du secteur privé consistent à penser le développement par le renforcement d’un tissu économique privé local (micro-,petites et moyennes entreprises) et l’accueil d’investissements étrangers. La mise en place de ces politiques est ici étudiée dans le cadre des relations entre les institutions communautaires de l’Union européenne (UE) et les pays du groupe Afrique Caraïbes Pacifique (ACP), de 1975 à 2000, c’est-à-dire dans le temps des accords quinquennaux successifs de partenariat
UE-ACP sous les Conventions de Lomé.
(dessin de Subito)
Ce seront les deux premières thèses que je ferai soutenir en tant que directeur. Je serai certainement aussi ému que les doctorants! Ce sont deux belles thèses, dans des genres et sur des sujets très différents. Toutes mes félicitations, d’ores et déjà, à leurs autrice et auteur, pour leur persévérance et la qualité de ce que l’une et l’autre ont rendu.
Je complèterai ultérieurement ce post par le discours que je prononcerai à l’occasion de ces deux soutenances.
LM

Culture et contre-culture en Europe et aux Etats-Unis

Bonjour,

presque deux mois depuis mon dernier post, c’est mal de laisser mes lecteurs sur leur faim. A ma décharge, j’invoquerai les raisons trop habituelles, du travail par dessus la tête, un manque de temps chronique, tout ça… ne risque pas de s’arranger dans les semaines qui viennent, avec les soutenances de fin d’année, la préparation de la prochaine rentrée du département, les oraux du jury de l’agrégation d’histoire et la préparation d’un livre collectif qui portera précisément sur la nouvelle question d’histoire contemporaine à l’agrégation pour les années 2019 et 2020.

Cette nouvelle question, je l’ai définie de concert avec mon amie et collègue Catherine Bertho-Lavenir. Sous l’intitulé « Culture, médias, pouvoirs aux Etats-Unis en Europe occidentale, 1945 -1991 », nous avons voulu proposer un grand sujet d’histoire culturelle du contemporain qui a pour cadre la relation transatlantique mais aussi, plus largement, les relations culturelles internationales et transnationales occidentales dans le second vingtième siècle. La question de la contre-culture, de son extension occidentale comme de ses traductions nationales et locales est au coeur du sujet.

Je poste ici la lettre de cadrage à laquelle nous sommes parvenus après de longues discussions avec divers collègues.

« La question porte sur les relations qu’entretiennent la culture dans sa diversité, les médias et les formes de pouvoir aux États-Unis et en Europe occidentale entre la défaite de l’Allemagne nazie et la dislocation de l’URSS. Elle invite à considérer les supports ou vecteurs, les contenus et les acteurs de la culture et des médias en lien avec l’ensemble des pouvoirs (politiques, économiques, spirituels, etc.). Elle propose de réfléchir aux permanences et aux transformations de la culture et de la vie publique au prisme des échanges culturels de part et d’autre de l’Atlantique en posant la question de la domination américaine, réelle ou imaginée, dans le cadre de la mise en place de la mondialisation.

Le cadre chronologique correspond au second XXe siècle. La période s’ouvre avec la défaite de l’Allemagne nazie et, avec l’arrivée des Américains, la diffusion de la culture américaine en Europe occidentale à partir du milieu des années 1940. Au début de cette séquence, les États-Unis et leurs alliés ont libéré une partie de l’Europe occidentale avec le désir non seulement de voir se mettre en place des institutions démocratiques mais aussi d’orienter les cultures occidentales, les pratiques politiques, les opinions publiques et les institutions qui en sont les traductions dans un sens interdisant le retour de régimes autoritaires (en particulier en République fédérale d’Allemagne). En libérant l’Europe, les soldats américains exportent la culture des États-Unis : ils popularisent le jazz, les jeans, le Coca-Cola, les sports américains, comme autant de produits ou de pratiques symbolisant la jeunesse et l’American way of life. C’est aussi, dans toute l’Europe, une période de redémarrage et d’effervescence de la vie culturelle, de bouillonnement artistique, de mise en place de politiques publiques visant à démocratiser la culture (décentralisation théâtrale en France, Arts Council en Grande-Bretagne) et de médiatisation des sports. C’est enfin le début de la guerre froide, suivi rapidement de la coupure en deux du continent européen. Les pays situés à l’est du rideau de fer ne font pas partie du sujet mais on devra connaître avec précision la trame événementielle et les étapes de la guerre froide, afin de comprendre leur impact sur la vie culturelle. On devra prendre en compte certaines influences croisées (le phénomène Soljenitsyne dans l’émergence d’une pensée antitotalitaire en Europe occidentale, par exemple). Le concept « d’Occident » se renforce par opposition au monde soviétique : si l’histoire de chacun des pays du « bloc de l’Est » n’entre pas dans le sujet, la perception et la réception de leurs expressions culturelles « à l’Ouest » en font pleinement partie. Le terminus ad quem se situe au tout début des années 1990, moment où s’achève la guerre froide (chute du mur de Berlin en 1989 et dislocation de l’URSS en 1991) et où Internet s’ouvre au grand public. Au-delà de cette période, le cadre idéologique et politique qui formait l’arrière-plan des rapports culturels entre les États-Unis et l’Europe se transforme.

Le cadre géographique du sujet comprend les États-Unis et l’Europe occidentale, principalement la France, la République fédérale d’Allemagne (le cas particulier de Berlin inclus), l’Italie et le Royaume-Uni. On pourra y ajouter d’autres pays européens (pays scandinaves, pays du Benelux, Espagne, République d’Irlande, Suisse) dans la mesure où ils appartiennent à l’espace culturel occidental et entretiennent des liens avec les cinq pays cités dans la perspective de la question. La Suisse, par exemple, abrite des institutions culturelles majeures d’envergure européenne, voire mondiale qui doivent être prises en compte. De façon générale, les candidats devront savoir articuler plusieurs échelles (du local à l’international) et saisir les phénomènes de circulation entre les espaces politiques autant que ceux ancrés dans chacun d’entre eux.

La question permet d’aborder plusieurs dimensions de la culture, considérées sous forme de couples antinomiques, qui permettent d’identifier des dynamiques multiples entre culture populaire, culture savante, culture de masse, culture médiatique et politiques culturelles. Les cultures populaires traditionnelles (ouvrière, paysanne, religieuse…) évoluent sous la pression de la culture de masse et notamment de la culture médiatique ; celle-ci suscite les critiques des tenants de la culture classique qui y voient un appauvrissement irrémédiable. La pop culture, les contre-cultures, les subcultures minoritaires, en lien avec les mouvements de contestation politique du « système » dans les années 1960-1970, se fraient un chemin vers la légitimité culturelle en renouvelant les arts plastiques et la musique, dans les formes comme dans les thèmes.

Dans le domaine des arts (littérature, théâtre, musique, cinéma, arts plastiques, photographie, architecture, bande dessinée), la période est marquée, en ses débuts, par la vitalité de nouveaux mouvements de création. Le prestige de la Beat Generation est grand en Europe, même si les esthétiques du Nouveau Roman et, au cinéma, de la Nouvelle Vague traversent, une fois n’est pas coutume, l’Atlantique d’est en ouest. Jazz, rock, punk, pop, world music, chanson à texte et chanson engagée, festivals de musique ont fait l’objet de nombreux travaux. Sous l’influence du structuralisme et du post-modernisme, la pensée esthétique se renouvelle profondément. Il en va de même pour les différentes écoles et les grandes figures des arts plastiques, comme pour la rivalité entre Paris et New York quant à la domination sur les arts, troublée par la montée en puissance de la République fédérale d’Allemagne (première Documenta à Kassel en 1955) et, dans une moindre mesure, du Royaume-Uni.

Les rapports entre l’histoire culturelle et les évolutions économiques de la période sont également à souligner : enjeux et dispositifs des politiques publiques de l’après-guerre visant une démocratisation de la culture, effets de la crise des années 1970-1980 sur ces politiques, sur la définition des formes de culture légitime et les politiques de patrimonialisation. Les structures du marché de l’art et l’économie des médias font partie intégrante du sujet.

La presse et, plus généralement, les médias et les industries culturelles (édition, industrie musicale, cinéma, radio, télévision, jeux vidéo) seront étudiés dans leur organisation, leur évolution, leur rapport aux institutions démocratiques et aux instances de régulation, leurs liens avec les diverses formes d’organisation politique mais également à travers leur influence sur l’évolution sociale et culturelle dans son ensemble. La réflexion critique sur les médias fera nécessairement partie de la bibliographie, de même que les travaux sur la publicité, la communication politique et les sondages d’opinion.

Il en va de même de l’histoire intellectuelle et des intellectuels. Il s’agira d’étudier non seulement les grandes figures et les courants de pensée qui dominent l’époque considérée, mais aussi la montée en puissance des professions intellectuelles, la massification de l’enseignement secondaire, puis supérieur, le dynamisme des sciences sociales et humaines. L’influence de ces phénomènes sur l’évolution du débat politique ou sur des événements transnationaux tels que les mouvements de contestation de 1968 est au cœur du sujet. En revanche, l’histoire des sciences et des techniques ou l’histoire de l’éducation ne seront mobilisées qu’en fonction de ce qui précède.

On s’attachera à considérer les évolutions globales des sociétés occidentales et leurs rapports au politique à l’aune des transformations culturelles, médiatiques et politiques. L’hypothèse d’une « crise de civilisation » diagnostiquée par beaucoup d’intellectuels tout au long de la période doit être interrogée. L’évolution des mœurs, le renouvellement des formes esthétiques, la valorisation de l’écrivain et de l’artiste engagés – dans le cadre des décolonisations, par exemple –, les revendications des minorités multiplient les occasions de conflit autour des valeurs dominantes. Le jeu entre censure et transgression, la contestation des pouvoirs et les échappées utopiques caractérisent tous les pays de l’aire occidentale dont les systèmes de contrôle culturel seront étudiés. Les Églises participent également au débat sur les grandes valeurs des pays occidentaux, et sont, à ce titre, des acteurs de la culture et de la dynamique politique, aux États-Unis comme en Europe occidentale, mais l’histoire religieuse en tant que telle n’est pas incluse dans le sujet.

Les politiques culturelles publiques mises en place dans les pays occidentaux, tout particulièrement en Europe, au lendemain de la guerre, seront étudiées dans la diversité des modèles nationaux d’organisation, des moyens mobilisés, des missions assignées aux divers organismes qui en sont chargés. Les interactions entre ces politiques culturelles et la vie culturelle dans son ensemble mais aussi entre les pouvoirs publics (au niveau national, régional et local) et les acteurs privés (associations, mouvements d’éducation populaire, fondations philanthropiques, etc.) ont fait l’objet de nombreux travaux depuis une trentaine d’années dans la plupart des pays considérés. La dimension mémorielle et symbolique de ces politiques culturelles ne sera pas oubliée.

Ces politiques ont aussi été mobilisées dans les rapports qu’entretiennent les États entre eux. La diplomatie culturelle et ce qui sera nommé, à partir des années 1990, le softpower doivent donc être pris en considération, de l’utilisation du jazz et de l’expressionnisme abstrait par les États-Unis au moment de la guerre froide jusqu’à la contestation de la domination culturelle américaine au cours des années 1980. Les enceintes du débat culturel et médiatique international (Unesco, Conseil de l’Europe, conférences internationales) font donc partie du sujet.

Les sources permettant d’étudier l’histoire culturelle des pays occidentaux dans la deuxième moitié du XXe siècle sont pléthoriques : rapports officiels et littérature « grise » des pouvoirs publics et des organisations internationales, œuvres produites par les artistes et intellectuels dans tous les domaines d’expression, articles et dessins de presse, émissions de télévision et de radio, entre autres documents possibles, seront mobilisés ; ils devront être étudiés dans une perspective historique.

Réfléchir sur l’histoire culturelle, médiatique et politique des États-Unis et de l’Europe occidentale de 1945 à 1991 permettra aux futurs enseignants d’approfondir leur connaissance de ce passé récent, toujours à l’œuvre dans notre actualité. Au-delà de la conjoncture particulière liée au cinquantième anniversaire de Mai 68, c’est l’histoire des mutations des représentations occidentales au cours du second XXe siècle que cette question invite à relire à la lumière de nombreux travaux récents. Elle pourra nourrir utilement des enseignements sur les implications et manifestations culturelles de la guerre froide, sur la place de l’Europe et des États-Unis dans le monde ou sur les évolutions de la société française depuis la Seconde Guerre mondiale et, plus largement, servira à mettre en œuvre une documentation contemporaine riche et essentielle dans l’enseignement de l’histoire. »

Voilà, il me semble qu’il y a là de quoi s’amuser et s’instruire tout à la fois pour au moins les deux années à venir. J’en reparlerai régulièrement sur ce blog.

(oeuvre de Francesco Borgioni, trouvée sur le site « C’est quoi la gauche? » tenu de main de maître par Huchu Fuchu).

A propos de contre-culture, je signale pour finir ce post la sortie toute récente du numéro 3 de Hey! la revue de la contre-culture visuelle. Là aussi, j’en reparlerai sur ce site.

A bientôt donc,

LM

HEY! Arts étranges

Bonjour,

j’avais écrit en septembre dernier un billet à propos d’une revue que j’affectionne tout particulièrement: HEY! Celle-ci se relançait en changeant totalement de modèle économique et avait besoin d’un coup de pouce de ses amis et lecteurs pour réussir sa mue.

Sept mois après, la mue est réussie et début mars a paru le numéro 2 de cette nouvelle série. Voici les couvertures de ce numéro.

A l’intérieur, on retrouve la qualité des reproductions, la beauté de la typo et de la mise en page, le dialogue entre les textes (toujours en anglais et en français) et les images qui firent les beaux jours de la première série. On retrouve aussi ce mélange d’artistes cueillis à maturation, à la main, par des directeurs (Anne &Julien) qui ont eux-même une sensibilité d’artistes et pilotent leur revue comme ils le feraient d’une galerie d’art, avec le même soin apporté au choix des formes, des supports, des univers, la même tension entre souci d’ouverture et exigence de cohérence. Vous y trouverez aussi quelques signatures nouvelles, la mienne (et oui!) mais aussi celles de l’excellente mad meg et du non moins impeccable Didier Pasamonik.

Certains artistes présents dans ce numéro sont connus, d’autres non, certains sont français, d’autres non, ils ont des styles et des techniques extrêmement variés mais ont en commun un même dédain pour l’art conventionnel, un même goût pour la figuration la plus libre, la plus débridée. Un numéro de Hey! tient de la chambre des merveilles, du cabinet de curiosités, d’une salle du musée Tussauds. Rien n’y est commun, rien ne vous laisse indifférent, on rit, on frissonne – de peur, de dégoût, d’extase esthétique -, on bat des mains, on pousse des oh! et des ah! comme à un spectacle de foire ou de cirque, quand on croit que rien ne dépassera en intensité ou en difficulté ce que l’on vient de voir – avant que la scène suivante ne vous fasse changer d’avis. Ces tours de force peuvent être le fait d’artistes confirmés, professionnels reconnus et cotés sur le marché de l’art aussi bien que d’anonymes que l’on pourrait qualifier d’ « amateurs » si ce terme n’était aujourd’hui si péjorativement connoté, même quand on lui accole l’épithète « éclairé ».

On peut à loisir ranger leurs créations dans les cases d’une histoire de l’art alternative, entre art brut, outsider art, surréalisme pop… Je préfère quant à moi parler d’un « merveilleux moderne » et d’ « arts étranges » pour caractériser ces formes, ces couleurs, ces dessins, ces matières qui construisent des univers à chaque fois uniques, et qui manquent pourtant rarement d’éveiller chez celui qui les contemple une émotion d’un genre très singulier.

Pour ceux que l’étrange déconcerte, inquiète et fascine à la fois, je ne saurais trop vous recommander l’achat et la lecture de ce numéro et – si vous ne pouvez plus vous passer de votre dose de merveilleux moderne – l’abonnement à la revue électronique à cette adresse : https://www.heyheyhey.fr/fr/subscription/

Vous pouvez également vous procurer en librairie la version papier qui compile deux numéros, soit un total de 320 pages de pure et violente beauté. L’objet est juste magnifique (Anne & Julien ont tout mis dans la fabrication dudit opus) et fera le bonheur des collectionneurs mais surtout des amateurs – on y revient – d’un art qui refuse résolument les faux semblants.

Une présentation de la revue est organisée samedi prochain 7 avril à la Halle Saint-Pierre, dans le 18e arrondissement de Paris, haut lieu de mémoire HEY! puisque trois grandes expositions y furent organisées sous la conduite d’Anne & Julien. Les deux directeurs seront présents ainsi que votre serviteur et son maître, l’auguste et savant Pascal Ory. La rencontre débutera à 16h30, l’entrée est libre! Comme l’art selon HEY!..

AFFICHE A3 halle st pierre HD

LM

 

 

 

Bienvenue sur le blog de Laurent Martin, professeur d'histoire à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, membre du laboratoire ICEE, libre penseur..