Bonsoir,
aujourd’hui, mardi 10 mars, était un jour de manifestation en faveur de l’université publique française, malmenée, méprisée, sous-financée. On ne peut pas dire que la cause ait mobilisé les foules : une centaine d’étudiants et de membres de l’enseignement supérieur s’étaient rassemblés à Paris, devant le ministère, à l’appel d’une intersyndicale. Il faut dire que les personnels sont partagés entre la fatigue, la résignation, une colère froide mais impuissante devant des mois, des années de mauvaises décisions. « Cela fait plus de quinze ans qu’on a un financement par étudiant qui ne fait que baisser et on a vraiment besoin de solutions concrètes, parce que ça impacte déjà actuellement l’avenir de toute une génération », a également souligné Suzanne Nijdam, présidente de la FAGE, première organisation étudiante. De fait, le budget alloué par étudiant a baissé de 20% depuis 2017, selon le calcul de l’économiste Lucas Chancel. Par ailleurs, ces chiffres masquent des disparités importantes et injustifiées entre établissements (13 195 euros par étudiant à l’université Gustave-Eiffel, à Marne-la-Vallée, contre 3 812 à celle de Montpellier), au détriment d’une égalité d’accès à une formation publique de qualité sur l’ensemble du territoire.
Certes, le gouvernement actuel a fait un peu mieux que ses prédécesseurs. Le budget 2026 consacré au financement des établissements d’enseignement supérieur progresse de 350 millions d’euros, mais cette hausse d’environ 2 % est largement rognée par l’inflation (1,2 %) et par l’augmentation de nouvelles charges incombant désormais aux universités du fait du désengagement progressif de l’Etat (financement de la protection sociale complémentaire et du compte d’affectation spécial pensions) qui absorbent à elles seules 42 % de l’augmentation (chiffres du journal Le Monde). 100% des universités françaises seraient aujourd’hui en déficit, bon nombre d’entre elles au bord de la faillite. Cela se traduit par une baisse du nombre de places offertes sur Parcoursup et sur Mon Master, par la suppression de filières de formation, la diminution des bourses, ou encore par le gel de postes d’enseignants et d’enseignants-chercheurs et le recours croissant aux vacataires, qui sont souvent très compétents mais ont surtout le mérite, aux yeux de nos décideurs, de coûter moins cher que le personnel statutaire.
Comme le soulignent deux collègues géographes dans une tribune récente, qui dénonce aussi les restrictions à courte vue des visas délivrés aux étudiants étrangers, notamment d’origine africaine, « Nos élites économiques et politiques, qui ont pris l’habitude, pour des raisons qui tiennent plus à la reproduction sociale qu’à la quête de compétences, de recruter en dehors de l’université [en clair : dans les « grandes écoles », qui sont relativement privilégiées dans notre système si français], mésestiment gravement son rôle économique, social et innovateur. Les universités forment la majorité des étudiants du supérieur (nationaux comme étrangers) en lien direct avec la recherche la plus avancée et les enjeux du monde du travail ; qu’elles participent à l’élévation générale du niveau des compétences dans une économie de plus en plus tournée vers la connaissance, et qu’avec plus de 300 000 étudiants étrangers elle est un des éléments majeurs de notre rayonnement international (6e rang mondial). (« Les efforts d’attractivité de l’université française sont ruinés par des choix politiques » Boris Lebeau et Corinne Luxembourg https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/02/les-efforts-d-attractivite-de-l-universite-francaise-sont-ruines-par-des-choix-politiques_6669106_3232.html)
Une autre raison pour laquelle nous étions finalement si peu nombreux à Paris pour manifester est que nous avons pris l’habitude de continuer à travailler même si nous ne sommes pas d’accord avec les orientations décidées en haut lieu. Ce dévouement au service public, qui est parfois brocardé par ceux qui pensent qu’un rapport plus frontal avec le pouvoir serait plus efficace, fait que l’université continue vaille que vaille à exercer sa mission en dépit des difficultés croissantes. On ne sait pas jusqu’à quand.
Pour finir ce billet sur une note plus positive (c’est difficile en ce moment, convenons-en), je signale la conférence de ma collègue Emmanuelle Guérin qui, dans le cadre du programme « Université cultures ouvertes », se demandera « Qui décide du bon usage du français? Ce que norme(s) langagière(s) veut dire ». Cette conférence aura lieu jeudi prochain, 12 mars, à partir de 14h, sur le campus Nation de l’université de la Sorbonne-Nouvelle, dans l’amphi BR06.
LM