Pour le Magazine littéraire

Après avoir acquis Le Magazine littéraire il y a quelque cinq années, Claude Perdriel souhaite désormais s’en séparer et projette de le céder à Jean-Jacques Augier et à Stéphane Chabenat, propriétaires de Lire.

Ce 19 février, ceux-ci sont venus présenter leur projet de reprise au CSE dont dépend le journal puis ont rencontré la rédaction du Magazine. Ils ont alors exposé qu’ils souhaitaient fusionner les deux « marques », sous la forme d’un seul mensuel publié sous le titre Lire/Le Magazine littéraire, à raison de dix numéros par an. Dans le même temps, cette nouvelle entité éditerait une dizaine de hors-séries par an, sous les labels associés ou dissociés, au coup par coup, de Lire et du Magazine littéraire, selon leur registre et leur objet. Jean-Jacques Augier et Stéphane Chabenat assurent qu’ils reprendront l’équipe du Magazine telle quelle – journalistes « permanents » et pigistes salariés.

Ces perspectives peuvent au minimum laisser dubitatif. Du point de vue de l’équipe, les expériences passées de Jean-Jacques Augier dans la presse (notamment au magazine Têtu, qui a connu beaucoup de licenciements, puis une liquidation) et la gestion actuelle de Lire (dont la rédaction se réduit à trois journalistes, dont un seul en CDI) ne sont pas propres à inspirer confiance.

Au-delà du destin de l’actuelle rédaction, c’est l’existence même du titre qui, entré dans sa cinquante-quatrième année, est menacée, puisqu’il serait appelé à se dissoudre dans une entité fourre-tout. Certes, ce nouveau journal serait en position dominante, mais la presse ne repose pas sur le principe de simples vases communicants. Ce genre d’opération, plutôt que d’additionner les lectorats de Lire et du Magazine littéraire, peut aussi tout bonnement les perdre tous les deux, d’autant que les registres, notamment critiques, des deux titres sont fort différents. Les rares précédents de fusions de titres ont par ailleurs été des échecs cuisants (cf., dans la presse cinéma, l’éphémère Studio-CinéLive).

Ce serait aussi laisser filer, sans réelle garantie, tout un pan de la littérature et des sciences humaines en France, tant les archives du Magazine constituent un patrimoine incomparable, auquel ont contribué tous les monstres sacrés de l’écriture et de l’édition, ainsi que les meilleurs spécialistes et connaisseurs. Ce serait également, enfin, un coup de plus porté à la diversité de la presse française, dès lors qu’on passe de deux journaux à un seul, sous prétexte de simplification et de position dominante.

Cette cession pourrait s’effectuer dans les trois mois. Une Société des journalistes du Magazine littéraire s’est constituée, afin notamment de proposer, d’encourager ou de catalyser des projets alternatifs, que ce soit sur le plan de la formule rédactionnelle, du modèle économique et des investisseurs.

Écrivains, universitaires, journalistes, professionnels du livre… Nous encourageons et appelons Claude Perdriel à écouter la rédaction du Magazine littéraire et à étudier d’autres projets de reprise du titre. Nous ne pouvons croire que le cofondateur du Nouvel Observateur, acteur central de la presse française depuis tant d’années, engagé dans de multiples aventures éditoriales, ne se résolve à aujourd’hui laisser disparaître, par la force des choses, un titre aussi ancien, précieux et emblématique que Le Magazine littéraire.

Si vous pensez vous aussi que ce projet est funeste, signez à votre tour la pétition sur le site change.org :

LM

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